11.5.07

Une minute de silence

Notre histoire, tu la verras défiler dans ta tête

Alors chut, pose doucement un doigt devant ta bouche
Et lutte, efface de ta mémoire ces mots qui nous touchent
Brûle, ces images qui nous plongent dans la solitude

Ecoute, ce qu'il reste de nous
Immobile et debout
Une minute de silence

Ce qu'il reste, c'est tout
De ces deux cœurs immenses
Et de cet amour fou
Et fais quand tu y penses
En souvenir de nous
Une minute de silence

Ecoute passer mes nuits blanches
Dans tes volutes de fumée bleue
Cette minute de silence
Est pour nous deux

Ecoute, ce qu'il reste de nous
Immobile et debout
Une minute de silence

Ce qu'il reste, c'est tout
De ces deux cœurs immenses
Et de cet amour fou
Et fais quand tu y penses
En souvenir de nous
Une minute de silence

Une minute de silence

Michel Berger

2.1.07

« Je ne sais comment j’ai pu vivre avec elle si longtemps »

Avec lui, elle le sait.
Chaque jour de sa vie pendant près de trente années, de chaque fibre de son être elle l’a aimé. Son amour était chevillé à son corps. Elle l’a porté en étendard sans honte aucune. Elle l’a senti vivre en elle près de 950 000 secondes. Elle l’aimait. Dans les événements gais, dans les malheurs, dans l’incertude et le chagrin, elle l’aimait. Dans les regards échangés en concert. Dans les disputes mesquines de couple à propos de poubelle ou de cartable. Dans les moments de doute. Dans l’exaltation des réussites.
Son amour n’a jamais failli, n’a jamais faibli. Malgré les rencontres. Dans les épreuves. Dans les confrontations. Même à la fin, lorsque son corps savait déjà ce que son esprit refusait. Dans la trahison lorsqu’est apparue la nudité de la vérité.

How happy is the blameless Vestal's lot!
The world forgetting, by the world forgot;
Eternal sunshine of the spotless mind!
Each pray'r accepted, and each wish resign'd.
Alexander Pope


Cet amour étonnait, dérangeait, exaspérait. Il consolait ou donnait de l’espoir. Il était source de raillerie ou de sarcasme.
Les êtres sont simplement ce qu’ils sont. Ils sont aussi ce qu’ils deviennent.
Chaque morceau du corps supplicié d’Al Khaladj criait l’unicité de Dieu. Tel était encore son amour lorsqu'elle fut découpée.
Aucune Isis n’a recollé l’effondrement de la baliverna. Un jour, elle est morte, et elle a laissé les événements de son passé dépassé derrière elle. Elle se reconstruit une vie à la première personne du singulier. Elle s’est éveillée à la liberté.
Son amour n’a pas été vain. Il l’avait construite et lui avait insufflé souffle dans la tempête. Il lui a fait garder son intégrité. L’amour ne s’éteint pas. Il se répartit autrement. Il lui a érigé un bouclier comme celui de la cité de Dune. Il la protège des danseurs-visages et des abominations, des Golems, et autres Tulkous, enveloppes qui s’épuiseront dans le vain harcèlement des âmes vivantes. D'ailleurs, l’idée lui plaît de rester vivante jusqu’à personne ne sait quand.